Les tellurismes du monde

Akila, plasticienne, peintre, pastelliste, enseignante, est une femme qui vit et qui peint dans une énergie puisée au tréfonds d'elle même, sans trêves ni concessions. Cette attitude très physique devant la matière, ce littéral « acharnement » sur les toiles jusqu'à ce qu'elles « parlent », relèvent plus de la souffrance et de l'épuisement que d'une quelconque satisfaction ou béatitude artistique. L'art et l'enseignement, elle les relie dans une sublimation du monde et de l'humanité. Pour Akila, les jours sans enseigner et les jours sans art sont des moments de prostration, au sens où certains travailleurs ne supportent pas les dimanches, jours stériles par définition.

Mais la toile ne se remplit pas comme le temps: Il faut creuser le raz-de-marée qui l'a envahie, racler, user, à l'image de l'érosion des montagnes et des déserts, jusqu'à la trame, remettre des couches de matière, stratifier à nouveau dans le même univers plastique les histoires temporelles de la terre et de l'humain, puis éroder à nouveau jusqu'à ce l'artiste décrète: Maintenant, c'est juste. Il lui faut ce duo-duel avec la matière pour atteindre un ineffable instant d'équilibre entre sa force intérieure et les tellurismes du monde.

Akila c'est la résolution française. Née dans les montagnes de Petite Kabylie, elle quitte une Algérie devenue algérienne depuis peu à six ans.

Différente dans un monde différent, elle met son salut dans l'excellence et le partage des savoirs. C'est le prix qu'il faut payer pour échapper à l'emprise des quartiers, à l'étau machiste de la morale fourbe, à la ghettoïsation et à l'intégrisme.

Cela nous porte à réfléchir sur le sens de l'intégration. On considère (trop) facilement comme « intégrés » des gens qui se taisent pour conserver un titre de séjour temporaire pas forcément renouvelé. Ou qui sont trop jeunes pour subir les agressions de la loi. Or il suffit d'une simple décision préfectorale pour que leur situation soit simplement retournée et rapidement « chartérisée ». Alors, par cette étincelle, le silence des cités peut devenir un cri, mais un cri que l'on méprise au plus haut de l'état. Alors, celle qui est intellectuellement dans la transmission des deux cultures se déchire et souffre. Elle est pourtant le modèle artistique et pédagogique de ce qu'il faudrait faire depuis longtemps: C'est elle qui nous aime.

La survivance d'une femme algérienne dans son engagement artistique et professionnel, face à de multiples humiliations politiques et sociales infligées aux siens depuis des générations, face à la guerre, face au racisme sexuel, ne peut que donner quelque-chose d'unique.

Francis LANGLOIS

Métamorphoses, échantillons de matière et d'une matière qui n'a de forme que par la couleur, et qui est mise en forme par la musique, c'est la synthèse de la couleur et des notes, des notes mises en couleur comme cela a été dit et fait...

En blanc, en rouge, en noir etc... des couleurs mises en musique, faire chanter la peinture et faire briller visuellement les notes, ce n'est pas seulement « l'oeil qui écoute » c'est aussi « l'oreille qui voit », admirable composition et recomposition des sens et de ce qui charme les sens, tout l'art s'est essayé à cela, et l'art de Akila est une autre contribution, et quelle contribution ! À cette synthèse des formes et de l'esthétique totale.

Abdelmalek Sayad

Directeur de recherche au
CNRS sur l'immigration,

lors de l'exposition au château de Chaudon (Eure et Loire) le 9 octobre 1993 avec le peintre Algérien Mokkrani.

AKILA petite femme au regard sans détour, est originaire d'Algérie. Avec elle s'ouvre au monde une peinture étonnamment mouvante et riche de sensualité... Son expression est une grande revanche sur le passé, en opposition à une vision obscurantiste de la vie qui s'exprime dès le début dans le mouvement de ses pommes. Elles s'attirent se frôlent, se touchent et se confondent amoureusement, offrant au regard de tous, le miroir grossissant d'une nature humaine belle et créative.

Loin des clichés de l'artiste sur son piédestal, ce qui guide AKILA c'est l'enrichissement du contact humain et la rencontre de toute les formes d'art. Elle affirme « Ma volonté est d'aller sans cesse au-delà des barrières de chacun, encourager l'expression de toutes ses possibilités artistiques ». Cette rencontre elle la désire et aime à la provoquer avec tous ceux qu'elle croise, professionnels, amateurs, ou néophytes. Pour ces derniers, enfants, adolescents, adultes, le regard neuf et l'étonnement provoqué par la première trace émotive, sont toujours un très grand plaisir pour elle. Elle se réjouit toujours de l'immense champ qui est alors ouvert à la création. Cette démarche qui l'a amenée à se confronter à diverses expériences qui résonnent en elle, aussi bien aux côtés des plasticiens, musiciens, comédiens, qu'aux côtés d'écoliers, d'ostréiculteurs, de mères de familles, de groupes de jazz, de rap, de rock...

Antoine FERNANDEZ

journaliste photographe

Les enfants sont venus à notre secours, pour nous réapprendre à voir l'oeuvre d' Akila Benyahia, miraculeusement revenue dans le giron de la patrie et de la langue oubliée. Cette rencontre dans la lumière de l'art, nous l'attendions, nous l'appréhendions, enfouie en nous-même, avec nos blessures, les plus anciennes, ajoutée aux legs des ancêtres, scellée dans les douleurs.

L'art d' Akila Benyahia ouvre des portes enchantées sous les décombres de la mémoire. Grace aux « porteurs de lumière », avec la nuit dans un dé à coudre, les frontières des espaces, conventionnés par les vicissitudes, craquent sous les coups des paupières. Nos sens nous sont revenus. Nous allons ranger les vieilles armes. Nous allons semer et bâtir dans le terreau des fureurs ataviques, à l'ombre des oliviers millénaires. Akila, la bien nommée, gardienne authentique de notre sagesse.

Dahmane Nedjar

lors de l'exposition à Batna en 1998.

© 2010 - Akila - Tout droits réservé - N°siret : 51908110300011 - Maison des artistes : B215824 - Conception ianic.fr